Il entend tes pleurs
- Rebecca Becky B

- 28 oct. 2020
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 27 juin 2021
Salam précieux vases !
Aujourd'hui je vous parle du deuil. Le cœur lourd je me rappelle cette tragédie vécue et le cœur en paix je revois les bienfaits de notre Dieu consolateur. Le 26 Septembre 2002 fut un jour de grande douleur pour moi et ma famille entière.
En effet dans cette même nuit, au Sénégal, le bateau le JOOLA faisait naufrage emportant les trois dernières filles de mon grand-père, ses trois petits cœurs avec près de 2000 morts, laissant 64 rescapés, de nombreux orphelins et des familles entières endeuillées. La mienne n'a pas été épargnée; comme quoi ca n'arrive pas qu'aux autres. Je vous partage ces poèmes de mon grand-père Ibrahima NDAW, pour ses trois filles parties trop tôt, extraits de son recueil en hommage aux victimes du Joola intitulé '' Une fleur dans la mer'' parut aux éditions Phoenix 2009 pour la première fois.

MARIE PRODIGE
Où es-tu Marie ?
Tes premiers balbutiements en ce jour de novembre
M'ont illuminé le cœur me tirant de la pénombre
Tes délicates paumes sur les miennes posées
Ton regard au mien fixé, je savourais la joie d'une vie transposée.
où es-tu Marie,
Toi qui pour tes premiers pas me tenais la main
Et moi je rêvais pour toi de demain
Avec fierté je t'observais grandir
Et comblé de bonheur, les deux poings au ciel je voulais brandir.
où es-tu Marie?
Ta finesse d'esprit, ton insatiable besoin de savoir
De mes connaissances et des manuels j'ai du faire valoir
Tu cherchais et voulais en savoir toujours plus
Et moi, à chaque fois de trouver jusqu'au superflu.
Où es-tu Marie?
Es-tu ce petit ange blanc qui me visite chaque nuit
Avec les bras frêles chargés de délicieux fruits
Accompagnée de tes deux petites sœurs
ô ! Ma petite fille, je sais,
Tu n'es qu'endormie, tes deux sœurs assoupies à tes côtés
Je sens ton parfum de jeune fille nubile toute de volupté
Du sommeil des anges, Lissa et Marième proches, dors en paix Marie
Ton père n'a plus de larmes car la source est tarie.
La petite fille que j'étais fut confrontée pour la première fois au deuil, mes petites tantes, mon amie, compagne de tous les jours ( surtout pour sauter sur le matelas à eau de mes parents après l'école haha). Difficile d'oublier la douleur et le désespoir des miens, mon Papy. Perdre ses trois filles encore petites en un clignement d'œil, mes tantes et amies. Je me rappelle encore que cet été là papy nous appelait, mes petites sœurs et moi, par leurs prénoms à elles: affectueusement Marie-Émilie, mama Lissa et bébé Marième. C'était presqu'insupportable.
LISSA ET MARIEME, UNE VIE DEUX FACES
Hagard je marche, trébuchant sur des corps meurtris
Aveuglé par les larmes, j'avance comme sur des orties
je revois vos visages, toi Lissa si frêle et si fragile
Et toi Marième, solide et résolue, tenant de ta sœur la main docile.
Les yeux embués de larmes, je scrute la mer qui scintille
Charriant des flots qui se brisent sur mon corps en millier d'aiguilles,
Et camouflant dans le tréfonds de ses entrailles
Le lourd secret d'une rude et vaine bataille.
Lissa l'énigmatique, au regard sombre, parfois si dense
Marième l'exubérante, au cœur immense
Vous êtes les deux faces d'un même miroir
Que le destin a choisi de lier au même mouroir.
Lissa, tu n'as jamais voulu de cette randonnée
Mais nul ne maitrise de la vie toutes les données
Tu es partie, calmement, comme tu es venue
Longeant de la mort les obscures avenues.
Marième, débordante de vie et de vitalité
Tu as pensé satisfaire ainsi ton besoin de mobilité
Sans t'en apercevoir, tu as trébuché sur une ligne de vie
Que le destin a choisi de placer là sans préavis.
Adieu mes chères et tendres filles
De cette vie éphémère, je ne retiens, âmes gentilles
Que le charme tendrement vécu de votre présence
Que Dieu vous accueille telles que vous êtes venues, liées par la renaissance.
Le deuil reste l'une des épreuves les plus difficiles à surmonter pour une famille et pour nous l'épreuve était d'autant plus difficile puisque la mer nous a tout pris, même le droit de dire adieu, même le droit à la consolation de les accompagner vers une dernière demeure. 17 années plus tard je m'autorise à en parler, et croyez-moi le deuil je ne l'ai fait que plusieurs années après le naufrage.
Entre le déni, la colère, l'acceptation, la douleur, le vide, le pardon et la résilience le temps est si vite passé qu'on se demande si l'on a encore le droit de pleurer ou de faire un deuil après autant d'années.
TROIS PETITS COEURS
Trois charmants petits cœurs
Livrant leurs secrets comme s'ouvrent les fleurs
Ont donné beaucoup de joie
Au crépuscule d'une vie désormais sans émoi.
Trois beaux petits cœurs
Chantant en chœur
M'ont bercé de leur jeunesse
Et je traversais le temps sans tristesse.
Trois petits cœurs complices de mes peines et joies
Par leurs souvenirs, sublimés, me jettent dans le désarroi
Nous avions le monde avec nous
Et sa farandole de visages aux sourires doux.
Nous nous abreuvions à toutes les sources vivifiantes
De notre univers coloré avec une vitalité débordante
Mais, dans les bras d'une mer criminelle ils se sont assoupis
Et des abîmes de ma douleur, l'océan s'est assouvi.
Mon esprit tourmenté ainsi que mon destin
Sombre dans un abîme sans fin
Mes trois petits cœurs s'en sont allés sans dire adieu
Mon cœur vacille et murmure ton nom, ô mon Dieu !
La force que le Seigneur donne surpasse notre entendement et face à un brisement pareil nul autre secours que celui du Père Céleste ne saurait faire l'affaire. Comment je le sais? Je l'ai expérimenté, moi et les miens. Si tu as perdu un ou des êtres chers et te demandes comment faire pour respirer malgré ce gros nœud qui t'enserre la gorge, laisse-moi te dire que ton Père Céleste peut et veut porter ce poids pour toi. Dépose TOUT à ses pieds!
Oui tu as le droit de pleurer, même si c'est 50 ans après; d'épancher ton cœur devant ton Dieu et lui parler de ta douleur. Il saura te relever.
J'écris en pensant à mes amis qui ont perdu leur parents devant la maladie à coronavirus, je pense à ma sœur de Bitam noyée par une douleur indescriptible. Et je pense aussi à mon papi et à toute la grande famille que Dieu a su restaurer. Je peux te dire que ça fait du bien d'expérimenter la VRAIE consolation. Je ne cesse de bénir ce Dieu merveilleux qui seul sait donner la force de surmonter les épreuves. Il y a une certaine force que LUI seul sait donner alors n'aie pas peur de vider ton sac à ses pieds car Il dit :
« Venez à moi vous tous qui êtes fatigués de porter un lourd fardeau et je vous donnerai le repos. » Matthieu 11 :28
Jésus guérit les cœurs meurtris.
« C’est moi qui vous réconforte, c’est bien moi, dit le Seigneur… » Esaïe 51 :12
Notre Dieu est le consolateur par excellence. Viens à se pieds !




Amen Amen @Sara Nesseir! Le Seigneur nous console
Qu'elles reposent en paix 🙏 les poèmes sont magnifiques... Dieu nous console en tout temps